Un des mois particulièrement dangereux...
Octobre 2009

Bien que nous ne soyons pas en train de revivre une seconde Grande Crise, nous avons manifestement été mis à rude épreuve dans une version du 21e siècle que certains nommeront probablement la Grande Récession.

Les marchés boursiers affichent de fortes progressions
Une bonne nouvelle s'impose : la situation s'améliore. Les marchés boursiers, qui sont traditionnellement volatils en septembre, ont enregistré de fortes progressions cette année. L'indice composé S&P/TSX a terminé le mois sur une hausse de 4,8 % et affiche un gain de 9,8 % pour le trimestre. L’indice Dow Jones a enregistré sa meilleure performance trimestrielle depuis le quatrième trimestre de 1998, avec une progression de presque 15 %. Le S&P 500 a quant à lui connu une seconde progression trimestrielle de 15 %. Le NASDAQ, de son côté, est en hausse de 15,7 % ce trimestre. Sur le mois, le Dow Jones a progressé de 2,3 %, le S&P 500 de 3,6 % et le NASDAQ de 5,6 %. Aux États-Unis, ces progressions mensuelles vont à l'encontre des normes historiques : force est de constater que septembre est généralement un mauvais mois sur les marchés américains. Mais au cours des six derniers mois, le S&P 500 a affiché sa plus forte progression trimestrielle continue depuis 1975, alors que le gouvernement américain et la Réserve fédérale ont prêté, dépensé ou garanti 11,6 billions de dollars pour relancer l'économie.

Octobre, le mois le plus meurtrier?
D'un point de vue statistique, il est vrai que septembre est le pire mois de l'année. Cependant, il doit être noté que 40 % des plus grosses chutes journalières du Dow se sont produites en octobre. Vous apprendrez donc sans surprise que plus de 70 % des pires plongeons d'une journée du Dow se sont produits soit en septembre, soit en octobre. Les investisseurs ont donc abordé le mois de septembre en anticipant une baisse... pour, au final, se trouver face à l'un des meilleurs mois jamais enregistrés!

Et maintenant?
Quelle sera la prochaine tendance sur les marchés? La réponse dépend de la personne à qui l'on s'adresse. Les projections de Wall Street, qui prédit la plus forte croissance des profits américains en 20 ans, s’opposent à la vision de certains des plus importants investisseurs du marché. La célèbre phrase de Mark Twain semble parfaitement illustrer ce mois d'octobre : « Octobre est un mois particulièrement dangereux pour spéculer en bourse. Mais il y en a d'autres : novembre, décembre, janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet, août et septembre. »

Le débat se poursuit
Certains investisseurs parient sur un déclin des bénéfices jusqu’en 2010, soit pendant plus de deux ans. Il s'agirait du plus long mouvement de baisse depuis la Crise de 1929. En 2010, ils prévoient une amélioration de 26 % des résultats nets, qui progresseront encore de 22 % en 2011 (sur la base de chiffres compilés par Bloomberg). Bloomberg estime également que la remontée des bénéfices poussera le rendement cumulatif du S&P 500 en deçà de 92 $ par action dans les deux ans, ce qui constituera un plus haut historique. D'autres investisseurs annoncent que l'économie n'enregistrera pas une croissance assez rapide pour que la plus forte reprise boursière depuis les années 1930 se poursuive. Les rendements seront selon eux limités à des montants nominaux.

Alors... qui croire?
Nous le savons aujourd'hui, pendant que tous se posaient ces questions, les investisseurs faisaient progresser l'indice Standard & Poor’s 500 de 52 % depuis le creux du 9 mars 2009 en anticipant une reprise américaine après la première récession mondiale que nous ayons connue depuis la Seconde Guerre mondiale et au moment où le taux de chômage atteint des niveaux jamais vus depuis 1983. Dans une enquête de Bloomberg, 3 800 analystes estiment que les bénéfices rebondiront l'an prochain. Cependant, les prévisions moyennes indiquent que les entreprises signaleront un neuvième trimestre de déclin de leurs bénéfices annuels au troisième trimestre. Certains stratèges et analystes de Wall Street pensent que les actions américaines amorceront une remontée à court terme pour terminer l'année en hausse et afficheront des progressions en 2010 suite à la reprise enregistrée depuis le creux du 9 mars.

Vu ces chiffres, doit-on s'attendre à une nouvelle correction sur les marchés?
Les marchés boursiers peuvent difficilement ignorer une remontée du S&P 500 de l'ordre de 50 % depuis le creux de mars 2009. Certains analystes prédisent que l'on doit s'attendre à une correction modérée, tout spécialement au vu des marchés des actions, qui, après avoir heurté le fond en raison de la récession, ont en moyenne rebondi de 40 % sur 12 mois et de 47 % sur 24 mois. D'un autre côté, pour revenir à leur plus haut niveau historique, les marchés boursiers devront s'apprécier d'environ 49 %. Aux États-Unis, ils sont en effet encore inférieurs d'un tiers à leurs sommets. Au Canada, nous assistons à un rebond boursier similaire. Ce rebond ramène les valorisations en ligne avec les normes historiques (voir graphiques ci-après).

La réponse se trouve-t-elle dans le passé?
Les trois redressements boursiers de 1938, de 1975 et de 2008 se sont produits après trois des plus graves récessions et trois des plus dramatiques baisses des marchés depuis le début des années 1930. Ces faits nous poussent à conclure que le mouvement de reprise peut se poursuivre jusqu'à un durcissement de la politique de la Réserve fédérale. La progression d'environ 50 % du S&P 500 depuis mars indique que, sur la base des valorisations boursières, les actions étaient bon marché à ce moment. Elle n'indique pas a contrario que les actions sont chères aujourd'hui (nous nous situons plutôt dans la moyenne). Les valorisations actuelles montrent que les marchés ont encore du potentiel de croissance.

Nous sommes aujourd'hui face à une certaine inquiétude, car les investisseurs s'attendent à un repli. Ils l'attendent, car les marchés ont beaucoup progressé, en oubliant que la bourse, par nature, est tournée vers l'avenir et non vers le passé. Mais ce sentiment ne semble pas pouvoir arrêter la remontée.

Assisterons-nous à un retournement boursier?
De nombreuses personnes ont averti qu'un retournement pourrait se produire et prédisent une baisse de 50 % des gains affichés par les principaux indices depuis le creux de mars. Cependant, l'économie sort de la pire récession depuis la Crise de 1929 et force est de constater que les bourses ne cessent de progresser. Si l'on considère les tendances historiques des marchés boursiers, ceux qui attendent ce fameux repli de 10 % ou plus (qui s'est effectivement produit entre mi-juin et mi-juillet) risquent d'être déçus. Les reprises que nous avons connues à la suite des deux dernières récessions américaines ont duré plus longtemps que ne l'envisageaient les analystes pessimistes. Six mois avant que les États-Unis ne sortent de la dernière crise, en mars 1991, les marchés ont amorcé un redressement qui s'est ensuite poursuivi pendant sept années. Le S&P 500 avait plus que triplé de valeur sans jamais perdre plus de 10 %. Et il ne s'agit pas de la seule fois où les bourses ont affiché une progression quasi linéaire, sans connaître de correction importante. À la sortie de la phase baissière qui a suivi l'éclatement de la bulle Internet, le S&P 500 a bondi de 95 % entre 2003 et 2007, là aussi sans connaître une seule correction de 10 % ou plus.

Que doit-on considérer comme la nouvelle « normalité »?
Au final, nous devons nous attendre à des rendements plus faibles à long terme que ceux que nous avons connus historiquement : en effet, les impôts devront augmenter pour permettre le remboursement des déficits actuels. Cela aura bien évidemment une incidence sur la productivité et l'innovation, qui sont les préalables obligatoires d'une croissance des profits.


 

Détient les titres suivants : Gestionnaire spécialisé en produits dérivés, PFA, Expert en évaluation d'entreprises (EEE), AFA, Baccalauréat avec spécialisation du Collège universitaire Redeemer et MBA de l'Université York.
•    A joué un rôle-clé dans la création de produits et de services qui lui ont permis de rassembler un actif géré de plus de 5,5 milliards de dollars.
•    A publié plusieurs livres et articles et créé des produits et services primés dans le secteur.
•    A passé 5 ans chez Fidelity Investments Canada au poste de vice-président du développement des produits et des affaires.


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